Retraites : « Tout le monde attend la suite….. » L’intersyndicale départementale doit se réunir aujourd’hui pour discuter des suites à donner à la mobilisation contre le projet de loi sur les retraites. Hier soir, le collectif réunit à Cherbourg a pris la mesure des manifestations de mardi.
Le collectif pour la défense des retraites avait annoncé un meeting sur la plage verte. La prudence l’a conduit à l’abri du complexe Chantereyne, sa salle polyvalente, ses chaises installées en arc de cercle, son estrade encore vide des musiciens qui devaient jouer en fin de soirée. Deux cents militants sont quand même entrés débattre des « manifestations de très haut niveau » qui ont eu lieu mardi, et des suites « que tout le monde attend ». Les idées avaient été ordonnées, les mots choisis. Le mouvement des jeunes socialistes a évoqué « la génération sacrifiée sur l’autel d’un libéralisme déchaîné » soulignant la « manque de cohérence » d’une action gouvernementale qui prive les jeunes de la perspective d’un emploi dans la fonction publique, avec le non-remplacement d’un fonctionnaire partant à la retraite sur deux. La FSU a estimé que ces manifestations de mardi étaient « un camouflet pour Sarkozy », le NPA a vu « un rapport de force » tout droit sorti de « la lutte des classes ». Les Verts appellent de leurs vœux « une mobilisation équitable ». Quant au Front de gauche, il estime que « si tout est bon dans le cochon, rien ne l’est dans le sarkozysme ».
« Mon fils au chômage parce que je travaille plus longtemps ? » Au-delà des formules, il y avait surtout les arguments de fond contre un projet de réforme des retraites vécu comme « une punition ». « Il ne s’agit pas de travailler plus longtemps, mais de mettre les gens dans l’incapacité de pouvoir cotiser suffisamment pour pouvoir bénéficier d’une retraite pleine », relèvent les Verts. « Les acquis sociaux n’ont jamais été supportés par le patronat », ajoute la FSU. Et le Front de gauche de rappeler : « le droit à la retraite était la clé de voûte du système social issu de la Libération. » « Les pays qui ont les systèmes sociaux les plus développés sont aussi ceux qui ont le mieux supporté la crise économique », observe la CGT.
« La question centrale, c’est la répartition des richesses. Les experts nous disent que les caisses sont vides, mais ils n’expliquent jamais pourquoi », « constate encore le NPA, qui évoque les milliards d’aide aux entreprises. La question de l’emploi aussi, dans une France « aux 5 millions de chômeurs », dont une part importante de jeunes. Et la CGT d’interpeler : « Est-ce que je dois demander à mon fils de rester deux ans de plus au chômage parce que moi, je dois travailler deux ans de plus ? » La notion de pénibilité n’est pas oubliée par les syndicats qui soulignent qu’ « il ne faut pas la réduire à la seule notion d’incapacité » et qu’ « un travailleur exposé toute sa vie à l’amiante n’a droit qu’à 5% d’invalidité ». Sud dénonce aussi des expressions qui fâchent : « Employabilité ? Salariés usés ? On en parle comme on évoque l’usure des freins d’une voiture…. »
Tous rappellent qu’en 2007, le candidat Sarkozy s’était vu en champion du plein-emploi. « Si cela avait été le cas, il n’y aurait eu aucun problème pour financer les caisses de retraite et la Sécurité sociale ! ». Quant aux concessions évoquées hier par le Président de la république lors du Conseil des ministres, « on ne peut pas dire qu’elles suscitent l’enthousiasme. Le départ à la retraite pour les femmes ayant quinze ans de service et trois enfants, sur lequel revient le gouvernement, il ne concernerait que les femmes arrivant à cinq ans d’âge légal de la retraite. Belle avancée…. » Syndicats et partis de gauche restent ainsi tous sur la même ligne : le retrait pur et simple d’un projet de loi « scélérat et rétrograde », qui, ajoute la CFDT, « compromet les retraites de demain ». Pour eux, au PCF notamment, il est clair que le projet porté par Eric Woerth est finalement « porteur d’un autre choix de société, de projets alternatifs », qui fait espérer des lendemains meilleurs en 2012.
Reste la question plus immédiate de la suite du mouvement social. L’intersyndicale au niveau national a retenu deux dates : le 15 septembre pour interpeler les parlementaires, et le 23 pour une nouvelle manifestation. Certains auraient préféré battre le fer pendant qu’il est chaud-bouillant…..
J.L Pour le Front de gauche, la prise de parole a été faite par Guy Bourdonnais