Des mots, des mots, d'la musique,du jazz, du jazz,
D'la fumée, d'la fumée,d'la fumée!
Le Bilboquet, tu t'rappelles Boris
Une boite à Saint germain des prés.
Qu't'as créée comme ça un soir.
Charly Parker, Sidney Béchet, Duke Elligton, Miles Davis,
Ont rythmé les murs
De cette musique d'amour
Venue d'Amérique de ses ghettos noirs
L'caveau de la Huchette, le Tabou
La Rose rouge, le café de l'écluse
Cantate des boites jetée sur du papier d'azur.
Des mots, des mots, d'la musique du jazz, du jazz,
Il y'a Daniel, Marcel, Juliette, Marguerite, Jacques
Et tant d'autres.
Une trompette déchire la lumière du projecteur,
Elle crie de joie et de révolte.
Tu te jettes à corps perdu à la poursuite, de l'irréelle réalité.
Je voudrais pas crever
Avant d'avoir connu
Les chiens noirs du Mexique,
Écris-tu.
Tu t'enivres d'activité, toi l'ingénieur de centrale.
Dramaturge, poète, peintre, journaliste, parolier,
Directeur artistique, sculpteur, acteur chanteur,
La liste fuit dans les années de ta vie,
Tel un torrent irrespectueux de la normalité.
Vous avez dit normal! Comme c'est bizarre.
Ton cœur toujours bat pour
Des mots, Des mots, d'la musique, du jazz, du jazz,
D' l'impertinence, d' l'impertinence!
Foin! Du conformisme, des interdits,
D' la guerre, d'la connerie humaine.
Monsieur le Président,
Je vous fais une lettre…
La voix de Mouloudji s'élève
Le déserteur se dresse comme barricade
Face à la tuerie naissante en Indochine.
La censure guillotine de la parole liberté
Bâillonne le souffle de la paix,
Avant d'interdire le « j'irai cracher sur vos tombes »
Ces chaines de ceux qui ont le pouvoir,
Ne te feront jamais taire de ton existence.
Tes livres, tes chansons seront des estocades
Mortelles aux idées préconçues.
Ton succès enterre ces êtres de pouvoir
Qui ne savent que maudire le nouveau qui dérange.
Avec toi ils ont fort à faire.
Tu vas même transformer le vocabulaire musical.
Avant dans le show -business,
Un succès c'était un saucisson,
Tu imposes le terme un tube.
Qui connait tes pseudonymes d'écrivain
Bison Ravi, Hugo Hachebuisson, Vernon Sullivan.
La pensée dominante cléricale,
Fera condamner tes deux premiers Sullivan,
Pour outrages aux mœurs.
Des mots, des mots, d'la musique, du jazz,du jazz!
Faut qu'ça saigne
Appuie sur la baïonnette
Faut qu' ça rentre ou qu'ça pète
Tiens voilà du boudin!
Voilà du boudin!
Mon oncl' un fameux bricoleur
Faisait en amateur
Des bombes atomiques.
Tous les grands chefs d'Etat
Lui ont rendu visite.
Ils les reçut et s'excusa
De ce que sa cagna
Était aussi petite
Sitôt qu'ils sont
Tous entrés
Il les a enfermés.
Et quand la bombe a explosé
De tous ces personnages,
Il n'est plus rien resté.
Les joyeux bouchers,
La java des bombes atomiques
Ces textes claquent à la gueule des militaires,
Des gouvernements, des affairistes
Drogués à la course folle du surarmement.
Ils sont étendards de la paix
Qui flotte au vent du progrès social.
Avec ton pote Salvador,
Tu commets Le Blouse du dentiste,
Et bien d'autres tartes sur le pif
Des gens bien comme on dit
Des mots, des mots, d'la musique, du jazz, du jazz!
Simone de Beauvoir, Sartre, Queneau, Prévert
Des rencontres, des liens, de la création,
Ouvrent les portes d'une ère nouvelle de l'art.
Léo Ferré, Les frères Jacques, Cora Vaucaire
Kurt Weil, Jacques Prévert, Juliette Gréco
Chantent, clament une certaine fureur de vivre.
Nous prétendions changer le monde pendant le jour
Et échanger les idées pendant la nuit
Note Claude Roy.
Des mots, des mots, d'la musique, du jazz,du jazz!
Savant de la science des solutions imaginaires
Boris en pataphysicien de renom
Tu grimpes au grade d'équarrisseur
De première classe par le collège de pataphysique.
Plus tard tu deviens Satrape.
La critique de l'ordre existant,
De tes flèches satiriques le mette à mal.
L'arrivisme, la cupidité ne trouvent pas grâce
Lorsque tu jettes à la face de ces mécréants.
Les bâtisseurs d' empire,
Où le héros à mesure qu'il s'enrichit,
Qu'il grimpe dans l'escalier de la réussite
Voit les pièces de son logis rétrécir, comme sa pensée.
Tu te déchaines vis vis de ceux qui aujourd'hui,
Vivent et pensent tendance pour être in.
Natacha chien-chien, Bourrée de complexes,
J'suis snob…J'suis snob
C'est vraiment l'seul défaut
Quej'gobe.
Mon appartement
Est vraiment charmant
J'me chauffe au diamant
Ces paroles vitrioles déchirent
Le masque des apparences friquées,
Ou des précieuses ridicules.
Chanson, jazz, opéra,
Tu franchis les frontières
Lové dans la montgolfière de la découverte
Le Chevalier de Neige
Musique de Georges Delerue
Opéra créé à Nancy
Fiesta, musique de Darius Milhaud
Autre opéra créé à Berlin
Te font côtoyé l'impossible étoile.
Des mots, des mots, d'la musique du jazz,du jazz!
Et l'on tua tous les affreux,
Polar qui dénonce,
La bêtise de l'idolaterie de la beauté.
Le Ratichon baigneur,
C'est le ton de l'absurde et de la dérision.
L'Écume des Jours mêlent
L'amour, la maladie, la mort
Dans une sarabande poétique,
Envoutée par le climat humide des bayous,
Bercée de jazz.
L'herbe Rouge fait revivre le passé,
Tes angoisses, tes interrogations.
L'Arrache Cœur roman surréaliste
Mélange poésie, fantaisie, l'absurde, l'émotion.
Il évolue dans un univers parallèle
Et le temps se réinvente,
Foin de la valeur des valeurs morales.
Boris tu joues avec les mots,
Les mots, des mots, d'la musiquedu jazz, du jazz
Boris un ado blouson noir
Mal dans sa peau à ton époque
Où les différents entre bandes,
Se réglaient à coups d' surins et d'chaines de vélo,
Entend dans ce juxebox d'un café d'banlieue
Après Janis Joplin, Brenda Lee
Magali Noël chanter
On n'est pas là pour se faire engueuler,
Puis Mouloudji
S'il faut donner son sang
Allez donner le vôtre
Vous êtes bon apôtre
Monsieur le Président
Tes mots, la musique ont secoué le rebelle
En mal de gestation.
Toi le provocateur, l'anticolonialiste, le pacifiste, le progressiste
En un mot l'humanisme,
Affamé de liberté.
Tu m'as offert à ce jour là l'envie
De ne jamais vivre à genou.
Juin 1959, la batterie n'assure plus le tempo
Le rhumatisme cardiaque paralyse ton cœur.
Le rideau se ferme.
Sans doute t'es tu dis.
Je voudrais pas crever
Avant d'avoir goûté
La saveur de la mort.
Allez ce soir!
Pour la route buvons un p'tit coup d'Vian!
Publié par : JCR, cellule de Villedieu